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Maîtriser la teneur en eau du miel

D’une manière idéale, un miel de qualité contient une teneur en eau ne dépassant pas 17,5 %. L’apiculteur peut ainsi vendre un miel de haute qualité, qui ne fermente pas chez le client.

Maîtriser la teneur en eau du miel – enjeux et bonnes pratiques apicoles

La teneur en eau est un paramètre essentiel pour la stabilité, la conservation et la qualité du miel. Elle influence notamment le risque de fermentation, mais ne permet pas, à elle seule, de prédire la stabilité d’un miel. La composition en sucres, l’acidité, l’activité de l’eau, la température, la durée de stockage et la présence de levures jouent également un rôle important.

Dans le contexte suisse, la limite légale générale pour le miel est fixée à 20 % d’eau au maximum. Le label de qualité apisuisse exige une teneur ne dépassant pas 18,5 %. Une teneur inférieure à 17,5 % constitue un objectif de qualité et de conservation fréquemment retenu dans la pratique. Ces valeurs ne sont donc pas interchangeables : elles correspondent respectivement à une limite légale, à une exigence de label et à un objectif de qualité.

La teneur en eau totale doit être distinguée de l’activité de l’eau (aw), qui décrit la fraction d’eau réellement disponible pour les microorganismes. La forte concentration en sucres et l’acidité du miel limitent le développement de nombreuses bactéries, mais certaines levures osmophiles, notamment du genre Zygosaccharomyces, peuvent se développer dans des milieux très sucrés. C’est pourquoi deux miels présentant une teneur en eau similaire peuvent avoir une stabilité différente.

Un miel fermenté peut présenter un dégagement de gaz, une augmentation progressive des bulles ou de la pression dans le récipient, ainsi qu’une odeur alcoolisée, levurée ou acide. Toutefois, quelques bulles isolées ou une fine mousse ne suffisent pas à prouver une fermentation : de l’air peut être incorporé lors de l’extraction, du pompage, du brassage ou de la mise en pot. Lorsqu’une fermentation est confirmée, le miel ne doit plus être commercialisé.

La fermentation dépend de plusieurs paramètres : teneur en eau, activité de l’eau, température et durée de stockage, nombre et type de levures, ainsi que composition du miel. Des températures tièdes, notamment entre 20 et 30 °C, peuvent accélérer la multiplication des levures, mais la sensibilité varie selon les espèces présentes et le type de miel. Le stockage au frais ralentit généralement l’activité des levures sans supprimer le risque. Il peut en revanche accélérer la cristallisation, en particulier dans certaines plages de température.

Les miels riches en glucose, comme le miel de colza, ainsi que certains miels de miellat riches en mélézitose, sont particulièrement sujets à une cristallisation rapide. La cristallisation est un phénomène naturel et ne constitue pas en elle-même une fermentation. Elle peut toutefois concentrer davantage d’eau et de fructose dans la phase liquide résiduelle, ce qui augmente localement l’activité de l’eau et peut favoriser le développement des levures. Une surveillance particulière est donc nécessaire pour ces miels.

Plusieurs pratiques apicoles permettent de limiter la teneur en eau. La récolte doit intervenir lorsque le miel est suffisamment mûr. Une majorité nette de cellules operculées constitue un indice utile, mais l’operculation ne garantit pas à elle seule une teneur en eau suffisamment basse. En période de miellée abondante, même un miel operculé peut encore contenir trop d’eau. Le test de secouage ou le test de projection donnent une première indication, tandis que la mesure au réfractomètre fournit une évaluation plus précise.

Pour être fiable, la mesure au réfractomètre exige un appareil correctement étalonné et utilisé conformément aux instructions du fabricant. Le miel doit être homogène, entièrement liquéfié s’il est cristallisé et exempt de zones plus liquides ou de cristaux. Plusieurs prélèvements représentatifs doivent être réalisés sur différents cadres ou récipients, avec la correction de température appropriée. Lorsque la valeur se situe près d’un seuil, quelques dixièmes de pourcentage peuvent modifier l’interprétation.

Le volume des hausses et leur disposition doivent être adaptés à la force de la colonie et à l’intensité de la miellée. Un volume excessif ou une ventilation insuffisante peuvent modifier les échanges thermiques et favoriser la condensation, selon le type de ruche, les conditions météorologiques et la conduite du rucher. Lorsqu’une chasse-abeilles est utilisée, les hausses et les cadres doivent être retirés dès que possible et protégés de l’air humide.

Une ventilation équilibrée de la ruche limite la condensation sans provoquer de courants d’air excessifs. Des grilles ou des dispositifs laissant circuler l’air peuvent être préférables à une obturation étanche qui piège l’humidité, selon la configuration de la ruche. La récolte doit être effectuée de préférence par temps chaud et sec, et les cadres extraits rapidement. Dans la miellerie, une atmosphère relativement sèche, idéalement autour de 50 à 60 % d’humidité relative, limite la reprise d’eau. Un déshumidificateur peut être utilisé si nécessaire, en tenant compte de la surface de miel exposée et de la durée d’exposition.

Il convient de distinguer clairement la déshumidification de l’air du séchage artificiel du miel. La déshumidification agit sur l’environnement de travail et limite les échanges d’humidité, tandis que le séchage artificiel traite directement le produit. Ce dernier peut faire baisser la teneur en eau mesurée, mais il ne remplace pas la maturation naturelle et ne doit pas servir à masquer une récolte insuffisamment mûre. Une exposition thermique prolongée ou répétée peut en outre altérer les enzymes, les arômes et d’autres composés sensibles. Pour les miels soumis à un label, il faut respecter le règlement en vigueur ; la température, la durée et la répétition des traitements doivent toujours être prises en considération.

Enfin, le miel doit être stocké dans des récipients propres, secs, inodores, aptes au contact alimentaire et parfaitement étanches. Le miel étant hygroscopique, il peut absorber de l’eau depuis l’air ambiant. La reprise d’eau dépend notamment de l’humidité relative, de la surface exposée et de la durée d’exposition. Des contenants fissurés ou mal fermés augmentent donc le risque d’altération.

La qualité finale dépend également de l’hygiène générale de la chaîne de production : seules des hausses exemptes de couvain doivent être extraites, les équipements doivent être propres et adaptés au contact alimentaire, et le miel destiné à la vente doit être séparé des aliments de nourrissement. Une traçabilité correcte des lots permet enfin de relier les mesures et les observations aux conditions de récolte et de stockage.

Conclusion : la maîtrise de la teneur en eau repose sur une chaîne cohérente de bonnes pratiques, de la colonie au stockage. Il faut observer les conditions de récolte, mesurer avec une méthode fiable, tenir compte de l’activité de l’eau et de la composition du miel, puis limiter la reprise d’humidité et la charge thermique. Cette démarche est indispensable pour garantir la stabilité, la conservation et la qualité du miel.
 

Les levures osmophiles, c’est-à-dire tolérant de fortes concentrations de sucre, sont des microorganismes naturellement présents dans l’environnement qui peuvent provoquer une fermentation du miel. De fines bulles isolées ne suffisent toutefois pas à établir un diagnostic, car de l’air peut être incorporé lors de l’extraction, du pompage, du brassage ou de la mise en pot. Une évolution des bulles, un dégagement de gaz ou de pression et une odeur alcoolisée, levurée ou acide sont davantage compatibles avec une fermentation active. Un miel dont la fermentation est confirmée ne doit plus être commercialisé. Les principaux paramètres mis en cause sont les suivants :

  • Teneur en eau et activité de l’eau
  • Température de stockage
  • Durée de stockage
  • Nombre et type de levures
  • Composition et type de miel
  • Crystallisation et conditions d’exposition à l’humidité

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Photo: Ruedi Ritter


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Auteur
ApiSion : Claude Pfefferlé & Serge Imboden
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