Blocage de ponte: lutte contre le varroa
Les cycles de développement de Varroa destructor et de l’abeille sont intimement liés. Depuis l’apparition du varroa en Europe au début des années 80, de nombreux type de traitement chimique ont été préconisés et employés pour le traitement de la varroase. Les résidus chimiques de synthèse et des molécules persistantes, se sont retrouvées dans la cire d’abeille contribuant au fil des années à la sélection des varroas résistants. Ainsi il est possible de gérer les populations de varroas en intervenant sur le cycle de l’abeille. L’encagement de la reine pour obtenir une colonie sans couvain est un exemple de méthode biomécanique intéressante pour gérer la varroose.
1. Pourquoi chercher une alternative à l’acide formique ?
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Comprendre dans quelles situations l’arrêt de ponte suivi d’un traitement à l’acide oxalique peut remplacer la première intervention estivale à l’acide formique. |
L’objectif du traitement estival est de réduire suffisamment tôt la population de varroas afin que les abeilles d’hiver soient élevées dans les meilleures conditions possibles. En Suisse, l’acide formique occupe traditionnellement une place importante dans cette stratégie, notamment parce qu’il peut également atteindre une partie des acariens présents dans le couvain operculé (Service sanitaire apicole [SSA], 2025).
Son utilisation n’est toutefois pas toujours simple à planifier. L’évaporation dépend notamment de la température, de l’humidité, du dispositif utilisé, du volume de la ruche et de la force de la colonie. Une période trop chaude peut augmenter les risques pour le couvain et la reine, tandis que des conditions trop fraîches ou humides peuvent réduire l’efficacité du traitement. Ces difficultés deviennent particulièrement sensibles lorsque la première intervention estivale coïncide avec une vague de chaleur (Droz et al., 2015).
L’arrêt de ponte suivi d’un traitement à l’acide oxalique offre une autre approche. Il crée une période sans couvain operculé durant laquelle les varroas se trouvent principalement sur les abeilles adultes et deviennent ainsi accessibles à l’acide oxalique.
Cette stratégie n’est cependant ni supérieure ni plus simple dans tous les cas. Elle réduit la dépendance à l’évaporation, mais exige une planification précise, une absence effective de couvain operculé et, selon la méthode choisie, plusieurs interventions dans la colonie. Elle présente donc un profil de risque différent plutôt qu’une diminution générale du risque.
Dans le concept annuel suisse de lutte contre le varroa, elle constitue avant tout une alternative à la première intervention estivale à l’acide formique. Elle ne remplace ni le contrôle de l’infestation ni, automatiquement, la seconde intervention estivale ou le traitement hivernal (SSA, 2025).
À retenir
L’arrêt de ponte suivi d’un traitement à l’acide oxalique peut principalement remplacer la première intervention estivale à l’acide formique lorsque les conditions rendent celle-ci difficile à maîtriser. Les étapes ultérieures du concept varroa doivent être décidées sur la base de contrôles réguliers.
2. Le principe biologique : rendre les varroas accessibles
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Comprendre pourquoi l’absence effective de couvain operculé conditionne l’efficacité du traitement à l’acide oxalique. |
L’arrêt de ponte ne détruit pas directement les varroas. Il interrompt temporairement la production de couvain afin de créer une période durant laquelle les acariens ne peuvent plus se reproduire dans les cellules operculées.
Une femelle fondatrice pénètre dans une cellule peu avant son operculation et y demeure protégée avec sa descendance jusqu’à l’émergence de l’abeille. Durant cette phase, elle reste largement hors d’atteinte de l’acide oxalique, qui agit principalement sur les acariens présents sur les abeilles adultes.
Après l’interruption de la ponte, le couvain déjà présent doit donc avoir entièrement émergé avant le traitement. La cohérence biologique de la méthode repose sur cette succession : arrêt de ponte, absence effective de couvain operculé, puis traitement à l’acide oxalique (Büchler et al., 2020).
Le calendrier doit tenir compte du stade du couvain au début de l’intervention et de la durée de développement, plus longue chez les mâles que chez les ouvrières. Une application trop précoce laisse une partie des varroas protégée dans les cellules. Une application trop tardive peut coïncider avec l’operculation du nouveau couvain. L’absence de couvain operculé doit donc être vérifiée directement dans la colonie.
Pourquoi l’absence de couvain est-elle déterminante ?
- Dans le couvain operculé, les varroas sont largement protégés de l’acide oxalique.
- En l’absence de couvain operculé, ils se trouvent principalement sur les abeilles adultes.
- Le traitement doit être appliqué avant l’operculation du nouveau couvain.
- La situation doit être contrôlée et non simplement déduite du calendrier.
3. Ce que montrent les études
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Présenter l’efficacité documentée de l’arrêt de ponte tout en précisant les limites et les différences entre les protocoles étudiés. |
Les études disponibles indiquent que l’interruption estivale du couvain peut contribuer efficacement à la maîtrise du varroa. Une importante étude européenne menée sur 370 colonies réparties sur onze sites dans dix pays montre que plusieurs méthodes biotechnologiques réduisent significativement l’infestation lorsqu’elles sont appliquées selon un protocole rigoureux (Büchler et al., 2020).
Il n’existe toutefois pas un taux d’efficacité unique de « l’arrêt de ponte ». Dans les groupes associant encagement de la reine et traitement à l’acide oxalique, l’efficacité variait d’environ 48 à 90 % selon le mode d’application. Les meilleurs résultats atteignaient 89,6 % avec un dégouttement d’une solution à 4,2 % et, en moyenne, 88,3 % avec une sublimation de 2 g d’acide oxalique pendant la période sans couvain (Büchler et al., 2020).
Les méthodes fondées sur le retrait du couvain ou l’utilisation de rayons-pièges ont obtenu une efficacité comparable. Dans cette étude européenne, leur efficacité ne différait pas significativement de celle des groupes combinant encagement de la reine et acide oxalique. Plusieurs procédés permettent donc d’interrompre le cycle reproductif du varroa, mais leurs exigences pratiques diffèrent.
La comparaison avec l’acide formique doit rester prudente. Celui-ci présente l’avantage de pouvoir atteindre une partie des varroas dans le couvain operculé. L’arrêt de ponte suivi d’acide oxalique renonce à cet effet dans le couvain, mais crée volontairement une situation dans laquelle les acariens deviennent accessibles sur les abeilles adultes. La première méthode dépend davantage des conditions de diffusion et de température, tandis que la seconde dépend de l’obtention d’un créneau réellement exempt de couvain operculé.
Les résultats concernant le développement ultérieur des colonies sont encourageants, mais varient selon la saison, le climat et le protocole. Plusieurs études estivales n’ont pas observé d’affaiblissement durable des colonies correctement conduites (Büchler et al., 2020 ; Kovačić et al., 2023). Un essai réalisé en automne en Floride a toutefois rapporté des effets défavorables sur la force et la survie des colonies après un encagement de 24 jours associé à une sublimation d’acide oxalique insuffisamment efficace (Jack et al., 2020). Ce résultat n’est pas directement transposable à une interruption estivale correctement planifiée en Europe centrale, mais il confirme que la saison, le protocole et le mode d’application sont déterminants.
Le moment de l’encagement par rapport à la miellée principale est également déterminant pour la récolte. Dans une étude menée dans six pays méditerranéens, l’encagement n’a pas entraîné d’effet négatif significatif sur la force finale des colonies, mais une mise en cage trop précoce par rapport à la miellée principale a réduit la quantité de miel récoltée (Kovačić et al., 2023).
Enfin, une réduction importante du nombre de varroas ne provoque pas nécessairement une baisse immédiate de la charge virale. Dans une étude conduite en Slovénie et en Italie, les charges du virus des ailes déformées et du virus de la paralysie aiguë n’avaient pas significativement diminué 25 jours après les interventions, malgré une efficacité acaricide élevée (Bubnič et al., 2024). Les abeilles déjà endommagées ne retrouvent pas leur pleine vitalité. L’intervention doit donc avoir lieu avant la phase principale d’élevage des abeilles d’hiver.
Lire les taux d’efficacité avec prudence
Un taux d’efficacité dépend notamment :
- de la présence effective de couvain operculé ;
- de la méthode utilisée pour interrompre le couvain ;
- de la formulation et du mode d’application de l’acide oxalique ;
- du moment de l’intervention ;
- des conditions climatiques et de l’état de la colonie ;
- de la méthode de calcul de l’efficacité.
La conclusion la mieux étayée est que la méthode peut atteindre une efficacité élevée lorsque le créneau sans couvain est obtenu et correctement exploité. Elle n’est pas systématiquement supérieure à l’acide formique.
4. Transfert dans la pratique : quelle méthode choisir ?
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Comparer les principales méthodes permettant de créer une période sans couvain et identifier celle qui convient le mieux à chaque exploitation. |
L’arrêt de ponte peut être obtenu par différentes méthodes. Dans la plupart des protocoles fondés sur l’encagement de la reine, il faut compter environ trois semaines pour que le couvain présent arrive à terme. La durée exacte dépend toutefois du procédé employé et du devenir du nouveau couvain.
La règle essentielle est simple : au moment du traitement à l’acide oxalique, la colonie ne doit plus contenir de couvain operculé. Cette absence doit être contrôlée et non seulement déduite du nombre de jours écoulés.
Le choix dépend du nombre de colonies, de leur force, de la capacité à trouver les reines, du matériel et du temps disponibles ainsi que d’éventuels objectifs complémentaires, comme le renouvellement des rayons, le remérage ou la formation de jeunes colonies.
4.1 Encagement de la reine dans une cage de type Scalvini
La cage Scalvini est généralement intégrée dans un cadre placé au centre du nid à couvain. Les ouvrières restent en contact avec la reine. Celle-ci peut pondre dans les cellules peu profondes de la cage, mais le couvain ne peut pas s’y développer normalement jusqu’à l’operculation.
Pendant l’encagement, le couvain présent dans le reste de la colonie poursuit son développement. Dans les essais suisses, la reine a été libérée après 21 jours. L’éventuel couvain de mâles encore operculé doit alors être désoperculé ou retiré avant le traitement à l’acide oxalique (Droz et al., 2015).
Avantages :
- le couvain existant reste dans la colonie ;
- la reine demeure accessible aux ouvrières ;
- le dispositif occupe peu de place ;
- le calendrier peut être planifié précisément.
Limites et risques :
- la reine doit être trouvée et manipulée ;
- la cage doit être correctement installée et placée ;
- l’éventuel couvain de mâles doit être contrôlé ;
- la reine peut s’envoler ou être blessée lors de sa libération ;
- sa présence et la reprise de la ponte doivent ensuite être vérifiées.
4.2 Encagement sur un rayon-piège simplifié
Cette variante consiste à enfermer la reine sur un cadre muni d’une feuille de cire gaufrée ou d’une amorce de cire, fermé des deux côtés par des grilles à reine. Il s’agit d’une forme simplifiée de la méthode du rayon-piège.
Le cadre ne doit pas contenir de couvain au début de l’intervention. Les abeilles doivent d’abord construire le rayon avant que la reine puisse y pondre. Une cire déjà bâtie permettrait une ponte immédiate et réduirait la marge disponible avant l’émergence des premières abeilles.
Pendant que le couvain initial de la colonie arrive à terme, une partie des varroas pénètre dans les nouvelles cellules du rayon-piège. Celui-ci doit être retiré avant l’émergence des abeilles, puis détruit ou fondu avec le couvain et les acariens qu’il contient. Son transfert dans une autre colonie ne ferait que déplacer les varroas capturés.
Dans le protocole étudié par Büchler et al. (2020), la reine restait 20 jours sur le cadre. Le rayon operculé était ensuite retiré et détruit, puis le traitement à l’acide oxalique intervenait cinq jours plus tard.
Avantages :
- combinaison de l’interruption du couvain et du piégeage des varroas ;
- espace plus important pour la reine que dans une petite cage ;
- retrait d’une partie des acariens avec le rayon operculé ;
- un seul rayon-piège à gérer.
Limites et risques :
- calendrier à respecter précisément ;
- retrait et destruction du rayon avant toute émergence ;
- construction dépendante de la force de la colonie et des ressources ;
- risque d’émergence prématurée avec une cire déjà bâtie ;
- délai supplémentaire avant le traitement à l’acide oxalique.
4.3 Méthode classique des rayons-pièges
Dans la méthode classique, la reine est confinée successivement sur plusieurs rayons. Après le déplacement de la reine, chaque rayon reste temporairement dans la colonie jusqu’à l’operculation du couvain.
Les varroas attirés par les larves sont piégés dans les cellules, puis les rayons sont retirés et fondus avant l’émergence des abeilles. Les protocoles utilisent généralement trois ou quatre rayons successifs et s’étendent sur environ 27 à 28 jours (Büchler et al., 2020).
La méthode peut être réalisée sans acaricide si tous les rayons-pièges sont produits, retirés et éliminés correctement. Elle exige cependant une organisation rigoureuse.
Avantages :
- méthode entièrement biotechnologique possible ;
- utilisation du comportement reproducteur du varroa ;
- possibilité de travailler sans médicament vétérinaire pendant une miellée tardive ;
- retrait progressif d’une partie importante des acariens.
Limites et risques :
- plusieurs interventions selon un calendrier précis ;
- manipulation répétée de la reine ;
- charge de travail élevée ;
- nécessité de disposer de rayons adaptés ;
- perte d’efficacité en cas de retrait au mauvais moment.
4.4 Retrait total du couvain
Le retrait total du couvain consiste à enlever tous les rayons qui en contiennent. La colonie de production devient immédiatement exempte de couvain et peut être traitée à l’acide oxalique selon un protocole autorisé.
Une grande partie des varroas est retirée avec les cadres. Ceux-ci doivent ensuite faire l’objet d’une stratégie distincte : constitution d’unités de couvain, traitement après l’émergence ou élimination lorsque leur état sanitaire ne permet pas leur valorisation.
Un rayon de couvain ouvert peut temporairement être laissé comme rayon-piège. Il doit être retiré une fois operculé et avant l’émergence des abeilles.
Avantages :
- création immédiate d’une situation sans couvain ;
- retrait d’une grande partie des varroas avec les cadres ;
- renouvellement possible des rayons ;
- possibilité de former de jeunes colonies.
Limites et risques :
- intervention importante dans l’organisation de la colonie ;
- besoins élevés en matériel, nourriture et temps de travail ;
- gestion sanitaire exigeante du couvain retiré ;
- risque de transférer les varroas et d’éventuels agents pathogènes dans les nouvelles unités ;
- reconstruction à accompagner par un nourrissement adapté.
4.5 Remérage
Le remplacement de l’ancienne reine peut provoquer une interruption temporaire de la ponte et intégrer ainsi le remérage dans la stratégie contre le varroa.
La durée de la pause dépend cependant de la méthode, de l’acceptation de la nouvelle reine et du début de sa ponte. Le créneau sans couvain est donc moins prévisible qu’avec un encagement planifié et doit être constaté directement dans la colonie.
Cette variante exige une prudence particulière. Dans un essai suisse portant sur onze colonies, l’introduction d’une nouvelle reine immédiatement après la période d’encagement a conduit à un taux d’échec élevé. Ce résultat ne permet pas de condamner toutes les méthodes de remérage, mais montre que la procédure d’introduction doit être soigneusement choisie (Droz et al., 2015).
Avantages :
- combinaison du remérage et de la lutte contre le varroa ;
- introduction possible d’une jeune reine sélectionnée ;
- absence d’encagement prolongé de l’ancienne reine si celle-ci est supprimée avant l’introduction de la nouvelle reine.
Limites et risques :
- créneau sans couvain moins précisément maîtrisable ;
- risque de mauvaise acceptation de la nouvelle reine ;
- reprise de ponte parfois retardée ;
- contrôle nécessaire des cellules royales et de la présence de la reine.
4.6 Essaim artificiel et formation de jeunes colonies
La formation d’un essaim artificiel sépare les abeilles adultes du couvain. L’unité créée est immédiatement sans couvain et peut être traitée avant l’operculation de nouvelles cellules.
La formation de nuclei ou d’autres jeunes colonies peut également créer un créneau favorable après l’émergence du couvain transféré et avant l’operculation du premier couvain de la nouvelle reine.
Ces méthodes permettent d’associer maîtrise du varroa, multiplication du cheptel, renouvellement des reines et assainissement des rayons. Chaque unité doit toutefois être suivie séparément, car les varroas présents dans le couvain transféré ne sont pas éliminés.
Avantages :
- combinaison de la lutte contre le varroa et de la multiplication du cheptel ;
- renouvellement important des rayons ;
- traitement possible durant une période clairement sans couvain ;
- constitution de jeunes colonies avec une infestation réduite.
Limites et risques :
- travail, matériel et nourriture supplémentaires ;
- développement dépendant de la saison ;
- traitement séparé du couvain ou des jeunes colonies ;
- solution pas toujours directement applicable à la colonie de production.
Comparaison pratique
| Méthode | Charge de travail | Manipulation de la reine | Renouvellement des rayons | Point critique |
|---|---|---|---|---|
| Cage Scalvini | Moyenne | Oui | Non | Contrôle du couvain de mâles et reprise de ponte |
| Rayon-piège simplifié | Moyenne | Oui | Un rayon | Retrait et destruction avant toute émergence |
| Rayons-pièges classiques | Très élevée | Répétée | Partiel | Respect du rythme de remplacement |
| Retrait total du couvain | Élevée | Pas toujours nécessaire | Important | Gestion sanitaire du couvain retiré |
| Remérage | Variable | Oui | Non | Créneau sans couvain moins prévisible |
| Essaim artificiel | Élevée | Oui ou contrôle nécessaire | Important | Nourrissement et développement de la nouvelle unité |
| Formation de jeunes colonies | Moyenne à élevée | Selon la méthode | Partiel | Traitement distinct de toutes les unités |
Avant de choisir une méthode
La méthode doit être adaptée :
- au nombre de colonies et au temps disponible ;
- à la force des colonies et à leur capacité à reprendre rapidement l’élevage du couvain ;
- à l’aptitude à trouver et manipuler les reines ;
- au besoin de renouveler les rayons ou les reines ;
- à la présence éventuelle d’une miellée tardive ;
- au niveau initial d’infestation ;
- aux possibilités de gérer le couvain retiré ;
- aux médicaments vétérinaires et modes d’application autorisés en Suisse.
Aucune méthode n’est systématiquement la meilleure. Le choix dépend des objectifs, des ressources, de la situation des colonies et des compétences disponibles au rucher.
5. Points de vigilance : calendrier, reine et contrôles
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Identifier les contrôles et précautions indispensables pour protéger la reine et exploiter correctement la période sans couvain. |
Dans un essai suisse portant sur 32 colonies, les problèmes de reine sont survenus dans des proportions similaires après encagement suivi d’acide oxalique et après traitement à l’acide formique. Ce résultat, obtenu sur un effectif limité, indique qu’un encagement correctement réalisé ne semble pas présenter un risque supérieur. Il évite en outre l’exposition de la reine à l’acide formique, dont une évaporation excessive lors de fortes chaleurs peut provoquer des pertes (Droz et al., 2015).
Le profil de risque reste toutefois différent. Avec l’encagement, il dépend principalement de la recherche et de la manipulation de la reine, du type de cage, de la durée de l’intervention et des conditions de sa libération.
Intervenir suffisamment tôt
L’objectif est de réduire la population de varroas avant la phase principale d’élevage des abeilles d’hiver. En Suisse, l’arrêt de ponte doit généralement être mis en place en juillet afin que la reine puisse reprendre une ponte suffisante au début du mois d’août (SSA, 2025).
Une intervention tardive peut encore éliminer des varroas, mais elle ne répare pas les dommages déjà subis par les abeilles parasitées ou infectées. Elle réduit également le temps disponible pour reconstituer une population hivernale suffisante.
Vérifier l’absence de couvain operculé
Avant le traitement, la colonie doit être inspectée. Une attention particulière doit être portée au couvain de mâles, dont le développement est plus long. Selon le protocole, le couvain encore présent doit être désoperculé ou retiré. Les rayons-pièges doivent quant à eux être enlevés avant l’émergence des abeilles.
Protéger et contrôler la reine
Après l’encagement, la reine peut être plus légère et s’envoler plus facilement. Elle doit être libérée avec précaution et ne pas être directement exposée à la solution d’acide oxalique. Environ une semaine plus tard, sa présence et la reprise régulière de la ponte doivent être contrôlées.
Lorsque plusieurs colonies sont traitées, il est prudent de prévoir une possibilité de remplacement, car les pertes ou les problèmes de reprise de ponte ne peuvent pas être totalement exclus.
Accompagner la reprise du couvain
Après la libération de la reine, la colonie doit disposer de réserves suffisantes. En l’absence de miellée, un nourrissement liquide adapté peut soutenir la reprise de la ponte et la construction des feuilles de cire gaufrée. Il ne remplace toutefois ni une reine fonctionnelle ni un apport suffisant en pollen.
Contrôler l’efficacité et la réinfestation
Le niveau d’infestation doit être contrôlé avant et après l’intervention à l’aide d’une méthode adaptée. La chute provoquée par le traitement renseigne sur le nombre de varroas atteints, mais ne démontre pas à elle seule que l’infestation résiduelle est suffisamment faible.
Une nouvelle augmentation peut survenir à la fin de l’été par reproduction ou réinfestation, notamment dans les régions à forte densité de ruchers, en cas de dérive ou de pillage. Dans l’essai suisse, l’infestation a de nouveau augmenté dans certaines colonies après une baisse initiale rapide, ce qui confirme la nécessité de poursuivre la surveillance (Droz et al., 2015).
Respecter le cadre réglementaire et la sécurité
L’acide oxalique doit être utilisé sous la forme d’un médicament vétérinaire autorisé et conformément à sa notice. Le produit, le mode d’application, la dose, les équipements de protection et les restrictions relatives aux hausses doivent être vérifiés avant chaque utilisation.
La pulvérisation, le dégouttement et la sublimation ne sont pas interchangeables. Leurs conditions d’emploi et leurs risques diffèrent, notamment pour la personne qui applique le traitement. La pulvérisation et la sublimation présentent un risque d’inhalation d’aérosols ou de poussières d’acide oxalique et nécessitent une protection adaptée (Jans, 2023).
Un délai d’attente nul pour le miel ne signifie pas que le traitement peut être réalisé pendant une miellée ou avec les hausses en place. Cela reste interdit, sauf indication contraire explicite dans la notice du médicament autorisé. Les hausses doivent être retirées et les conditions propres au produit utilisé doivent être vérifiées (Andermatt BioVet AG, 2020).
Les erreurs à éviter
- commencer l’arrêt de ponte trop tard ;
- traiter en présence de couvain operculé ;
- oublier le couvain de mâles ;
- laisser émerger les abeilles d’un rayon-piège ;
- exposer directement la reine à l’acide oxalique ;
- ne pas vérifier la reprise de la ponte ;
- négliger les besoins alimentaires après la libération ;
- confondre forte chute et faible infestation résiduelle ;
- renoncer à une intervention ultérieure sans contrôle ;
- traiter pendant une miellée ou avec les hausses en place sans autorisation explicite ;
- utiliser un produit ou un procédé non autorisé.
6. Intégrer l’arrêt de ponte dans le concept annuel de lutte
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Situer l’arrêt de ponte dans le calendrier annuel suisse sans le confondre avec un remplacement de l’ensemble du concept de lutte contre le varroa. |
L’arrêt de ponte suivi d’un traitement à l’acide oxalique ne constitue pas un concept annuel complet. Dans la stratégie suisse, il remplace principalement la première intervention estivale à l’acide formique, notamment lorsque la chaleur, une miellée persistante ou les difficultés de maîtrise de l’évaporation compliquent son utilisation (SSA, 2025).
La reine devrait être libérée et avoir repris une ponte régulière au début du mois d’août afin que la colonie dispose du temps nécessaire pour élever sa population d’hiver.
Après le traitement à l’acide oxalique, il faut contrôler la présence de la reine, la reprise de la ponte et l’évolution de l’infestation. Une forte chute immédiatement après le traitement indique que des acariens ont été éliminés, mais ne permet pas à elle seule de déterminer si l’infestation résiduelle est suffisamment basse.
La seconde intervention estivale à l’acide formique reste normalement prévue dans le concept suisse. Elle vise les varroas ayant survécu, repris leur reproduction ou été introduits par réinfestation. Il ne peut être envisagé d’y renoncer que dans des situations particulières, par exemple dans un rucher très isolé où des contrôles réguliers documentent une infestation durablement faible (SSA, 2025).
La surveillance doit se poursuivre en automne, car l’infestation peut augmenter rapidement lorsque des colonies voisines s’affaiblissent ou sont pillées. Enfin, le traitement hivernal à l’acide oxalique reste nécessaire lorsque les colonies sont naturellement exemptes de couvain.
Schéma pratique
| Moment | Concept classique | Concept avec arrêt de ponte |
|---|---|---|
| Après la dernière récolte estivale | Première intervention à l’acide formique | Arrêt de ponte ou autre méthode biotechnologique |
| En absence de couvain | — | Traitement autorisé à l’acide oxalique, sauf méthode entièrement biotechnologique |
| Début août | Contrôle de la colonie | Reprise de ponte et nourrissement adapté |
| Fin de l’été | Contrôle de l’infestation | Contrôle de l’infestation et de la réinfestation |
| Seconde intervention estivale | Acide formique | Selon les résultats du contrôle : généralement acide formique également |
| Automne | Surveillance | Surveillance |
| Hiver sans couvain | Traitement à l’acide oxalique | Traitement à l’acide oxalique |
À retenir
L’arrêt de ponte suivi d’un traitement à l’acide oxalique peut remplacer la première intervention estivale à l’acide formique. Il ne remplace toutefois ni le suivi de l’infestation, ni généralement la seconde intervention estivale, ni le traitement hivernal.
Son principal avantage est de réduire la dépendance aux conditions d’évaporation. En contrepartie, il exige davantage de planification, de manipulations et de contrôles.
7. Conclusion
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Résumer les conditions dans lesquelles l’arrêt de ponte constitue une alternative pertinente et maîtrisable à la première intervention estivale à l’acide formique. |
L’arrêt de ponte suivi d’un traitement à l’acide oxalique constitue une alternative sérieuse à la première intervention estivale à l’acide formique, en particulier lorsque des températures élevées rendent son évaporation difficile à maîtriser.
Son efficacité repose sur une condition essentielle : appliquer le traitement durant une période vérifiée sans couvain operculé. La réussite dépend donc du choix de la méthode, du respect du calendrier et de la qualité des contrôles.
Les différentes techniques répondent à des besoins distincts. Certaines conservent le couvain dans la colonie, d’autres retirent une partie des varroas avec des rayons-pièges ou permettent de renouveler le nid à couvain. Leur charge de travail, leurs exigences matérielles et leurs risques ne sont pas équivalents.
Cette approche modifie par ailleurs le profil des risques. Elle évite d’exposer la reine à une première application estivale d’acide formique, dont l’évaporation excessive peut provoquer des pertes de reines et des dommages au couvain. En contrepartie, elle exige de trouver, manipuler et libérer la reine avec précaution, puis de vérifier la reprise de la ponte.
L’arrêt de ponte doit rester intégré dans une stratégie annuelle comprenant le suivi de l’infestation, la prise en compte de la réinfestation, l’évaluation d’une seconde intervention estivale et le traitement hivernal.
Le choix doit ainsi porter non sur une méthode supposée universellement meilleure, mais sur celle dont les exigences et le profil de risque correspondent le mieux au rucher, aux colonies et aux compétences de l’apicultrice ou de l’apiculteur.
8. Bibliographie
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Retrouver les études scientifiques et les documents suisses utilisés pour étayer les principales affirmations de l’article. |
Andermatt BioVet AG. (2020). Notice d’emballage OXUVAR 5,7 % ad us. vet., concentré pour la préparation d’une solution pour abeilles. Institut de pharmacologie et de toxicologie vétérinaires, Université de Zurich. https://www.vetpharm.uzh.ch/TAK/PDFSPC/06000000/06577601-PB-FR.pdf
Bubnič, J., Prešern, J., Pietropaoli, M., Cersini, A., Moškrič, A., Formato, G., Manara, V., & Smodiš Škerl, M. I. (2024). Integrated pest management strategies to control varroa mites and their effect on viral loads in honey bee colonies. Insects, 15(2), 115. https://doi.org/10.3390/insects15020115
Büchler, R., Uzunov, A., Kovačić, M., Prešern, J., Pietropaoli, M., Hatjina, F., Pavlov, B., Charistos, L., Formato, G., Galarza, E., Gerula, D., Gregorc, A., Malagnini, V., Meixner, M., Nedić, N., Puškadija, Z., Rivera-Gomis, J., Rogelj Jenko, M., Smodiš Škerl, M. I., Vallon, J., Vojt, D., Wilde, J., & Nanetti, A. (2020). Summer brood interruption as integrated management strategy for effective Varroa control in Europe. Journal of Apicultural Research, 59(5), 764–773. https://doi.org/10.1080/00218839.2020.1793278
Droz, B., Dietemann, V., Gauthier, L., & Charrière, J.-D. (2015). L’encagement des reines : une méthode pour traiter contre varroa en été ? Revue suisse d’apiculture, 112(8), 20–28. https://ira.agroscope.ch/fr-ch/Cms/Einzelpublikation/Download?einzelpublikationId=35423
Jack, C. J., van Santen, E., & Ellis, J. D. (2020). Evaluating the efficacy of oxalic acid vaporization and brood interruption in controlling the honey bee pest Varroa destructor (Acari: Varroidae). Journal of Economic Entomology, 113(2), 582–588. https://doi.org/10.1093/jee/toz358
Jans, S. (2023). Minimiser les risques pour la santé des apiculteurs lors du traitement hivernal. Revue suisse d’apiculture, 11–12, 490–491.
Kovačić, M., Uzunov, A., Tlak Gajger, I., Pietropaoli, M., Soroker, V., Adjlane, N., Benko, V., Charistos, L., Dall’Olio, R., Formato, G., Hatjina, F., Malagnini, V., Freda, F., Otmi, A., Puškadija, Z., Villar, C., & Büchler, R. (2023). Honey vs. mite—A trade-off strategy by applying summer brood interruption for Varroa destructor control in the Mediterranean region. Insects, 14(9), 751. https://doi.org/10.3390/insects14090751
Service sanitaire apicole. (2025). Übersicht Methoden Sommerbehandlung (Aide-mémoire 1.2, version 2511). apiservice. https://bienen.ch/wp-content/uploads/2025/11/1.2_uebersicht_methoden_sommerbehandlung.pdf














