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Collecte d'eau chez les abeilles mellifères : influence de la météo et de la taille des colonies

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Cette étude montre que la collecte d’eau augmente avec la taille de la colonie et lors des journées chaudes. Elle rappelle aussi que l’eau est une ressource de base pour le couvain et le bon fonctionnement de la colonie. Au rucher, le message est simple : un point d’eau fiable mérite d’être prévu, avec la prudence nécessaire face à un dispositif expérimental semi-contrôlé.

1. L’essentiel en bref

  • Dans ce dispositif semi-contrôlé, les colonies comptant davantage d’abeilles adultes ont collecté plus d’eau que les petites colonies.
  • La collecte a fortement augmenté au-delà de deux points de rupture statistiques : 22,3 °C de température moyenne journalière ou 31,5 °C de température maximale journalière.
  • Ces deux valeurs décrivent le même changement de régime dans les données de l’étude. Elles ne constituent ni des seuils biologiques universels ni des consignes automatiques pour tous les ruchers.
  • Sous le point de rupture, la taille de la colonie et la quantité de couvain ouvert étaient particulièrement liées à la collecte. Au-dessus, la température, le rayonnement solaire et la sécheresse de l’air prenaient davantage d’importance.
  • Pour la pratique, le message principal est simple : prévoir une source d’eau fiable dès la période d’élevage du couvain et surveiller sa disponibilité lors des journées chaudes et sèches, surtout pour les colonies fortes.

2. Ce que montre l’étude

Relations modélisées entre météo et collecte d’eau par les colonies

Comprendre comment la taille de la colonie, le couvain et les conditions météorologiques ont été associés aux quantités d’eau collectées.

Fig. 1. Relations prévues entre la collecte quotidienne d’eau, la température maximale, le rayonnement solaire et l’humidité relative minimale lorsque les colonies étaient exposées à des températures élevées. Les courbes sont des estimations de modèles assorties d’intervalles de confiance à 95 %, et non des mesures directes d’un besoin physiologique. Source : Le Bivic et al. (2025), CC BY 4.0.

La question. Les auteurs ont cherché à quantifier les variations de la collecte d’eau à l’échelle de la colonie et à déterminer la part associée à la taille de la population adulte, au couvain et à la météo.

Le dispositif. L’étude a été menée à Avignon dans des tunnels sous filet. Les abeilles ne pouvaient donc pas accéder à d’autres sources d’eau ni rapporter du nectar de l’extérieur. Vingt-quatre colonies ont fourni au total 73 jours de mesure au printemps, en été et en automne ; certaines colonies ont été utilisées durant deux saisons. Deux colonies de tailles différentes étaient comparées simultanément. Pour chacune, un abreuvoir accessible mesurait l’eau prélevée et un abreuvoir témoin servait à corriger l’évaporation. Les pesées étaient effectuées toutes les heures. Le nombre d’abeilles adultes et les surfaces de couvain ont été estimés avec la méthode standardisée ColEval.

Les quantités observées. Les colonies classées comme grandes ont collecté en moyenne davantage d’eau que les petites au cours des trois saisons. Le maximum journalier mesuré était de 1,39 L dans une grande colonie en été.

Collecte d’eau moyenne mesurée dans le dispositif
Saison Grandes colonies Petites colonies
Printemps 401 mL/jour 202 mL/jour
Été 639 mL/jour 320 mL/jour
Automne 123 mL/jour 102 mL/jour

Le changement observé avec la chaleur. Les modèles segmentés ont situé l’augmentation marquée de la collecte à 22,3 °C de moyenne journalière, ce qui correspondait à 31,5 °C de maximum journalier. Au-delà, la collecte augmentait surtout lorsque la température et le rayonnement solaire étaient élevés et que l’humidité relative minimale était faible. Les auteurs interprètent ce changement comme le signe d’une demande croissante pour le refroidissement du nid, mais la température du couvain et l’utilisation de l’eau à l’intérieur de la ruche n’ont pas été mesurées directement.

Le rôle de la colonie. Dans la décomposition statistique utilisée par les auteurs, le nombre d’abeilles adultes représentait un peu plus de 40 % de la variance expliquée, sous comme au-dessus du point de rupture. Sous celui-ci, le couvain ouvert contribuait encore pour environ 19 % ; au-dessus, la température maximale contribuait pour environ 23 %. Ces pourcentages décrivent l’importance relative des variables dans les modèles de cette étude : ils ne signifient pas que chacune cause, à elle seule, une fraction fixe du besoin en eau.

Les porteuses d’eau. La proportion observée de porteuses d’eau diminuait avec l’augmentation de la population jusqu’à environ 13 000 abeilles adultes, puis se stabilisait autour de 0,13 %. Ce résultat suggère que la part de la main-d’œuvre mobilisée varie avec la taille de la colonie. Il ne démontre toutefois pas une spécialisation individuelle : les comptages à l’abreuvoir constituent un indicateur ponctuel, et non le recensement de toutes les abeilles ayant transporté de l’eau durant la journée.

3. Regard critique

Colonie d’abeilles utilisée pour illustrer l’évaluation critique du protocole

Distinguer les résultats directement mesurés des interprétations plausibles et des règles pratiques qui exigent d’autres données.

Ce que l’étude établit solidement dans son dispositif. La mesure horaire, la correction de l’évaporation, la comparaison de colonies de tailles différentes et la prise en compte simultanée de plusieurs variables météorologiques permettent de montrer que la collecte d’eau varie avec la population adulte, le couvain et la chaleur. La répétition des mesures sur trois saisons renforce la cohérence de cette tendance.

Ce que le tunnel change. Le dispositif isole efficacement la collecte d’eau libre, mais il simplifie fortement la situation. Les colonies ne recevaient ni nectar extérieur ni eau provenant d’autres sources et étaient nourries ad libitum avec du pollen et de la pâte sucrée. Dans un rucher ouvert, le nectar, la distance au point d’eau, le vent, l’ombre, l’exposition, la topographie et les microclimats modifient le bilan hydrique et le coût de la collecte.

Ce que les mesures ne montrent pas directement. L’expérience quantifie l’eau prélevée à l’abreuvoir, mais ne suit pas son devenir dans la ruche. Elle ne permet donc pas de séparer exactement l’eau destinée à la nourriture larvaire, à la consommation des adultes, à la dilution des réserves ou au refroidissement par évaporation. L’explication thermorégulatrice au-dessus du point de rupture est biologiquement convaincante, mais reste ici une interprétation appuyée par le profil des données.

La portée statistique. Les 73 jours de mesure ne correspondent pas à 73 colonies indépendantes : 24 colonies ont été utilisées, et certaines ont participé à deux saisons. Les modèles mixtes tiennent compte de cette structure, mais les valeurs exactes restent propres à ce site, à cette année et à ce dispositif. Les auteurs signalent en outre quelques observations influentes et présentent des analyses de sensibilité, ce qui invite à privilégier la tendance générale plutôt qu’une lecture trop précise de chaque coefficient.

4. Qu’en retenir au rucher ?

Abreuvoir sécurisé installé à proximité d’un rucher

Transformer les tendances de l’étude en précautions proportionnées, adaptées au contexte réel du rucher.

  • Ne pas attendre la canicule. L’eau intervient aussi pendant l’élevage du couvain. Lorsqu’une source artificielle est nécessaire, il est préférable de l’installer tôt afin que les abeilles puissent l’adopter avant les fortes chaleurs.
  • Surveiller davantage les colonies fortes. Elles ont généralement collecté plus d’eau dans l’étude. Un rucher comprenant plusieurs colonies populeuses peut donc solliciter rapidement un abreuvoir lors d’une période chaude et sèche.
  • Utiliser la température comme alerte, non comme règle. Des maxima annoncés autour de 30–32 °C justifient de vérifier la continuité de l’approvisionnement, mais les besoins peuvent être importants plus tôt selon le couvain et le microclimat.
  • Assurer un accès stable et sûr. L’abreuvoir doit limiter les noyades, rester accessible et être entretenu. La présente étude ne compare toutefois ni les types d’eau ni les modèles d’abreuvoir.
  • Raisonner à l’échelle du rucher. Altitude, ombrage, exposition, sources naturelles, distance de vol et miellée peuvent modifier fortement la quantité d’eau libre collectée.
  • Ne pas dimensionner sur le seul maximum de 1,39 L. Il s’agit d’une valeur observée dans une grande colonie sous tunnel, non d’une consommation quotidienne standard ni d’une capacité prescrite par colonie.

Lire l’étude originale

Effects of weather and colony size on water collection in honey bee, Apis mellifera, colonies


Voir aussi :

Bibliographie

Le Bivic, P., Alaux, C., Gay, C., Vidau, C., Le Conte, Y., Belzunces, L. P., & Pioz, M. (2025). Effects of weather and colony size on water collection in honey bee, Apis mellifera, colonies. Animal Behaviour, 227, Article 123271. https://doi.org/10.1016/j.anbehav.2025.123271

Auteur
Le Bivic, P., Alaux, C., Gay, C., Vidau, C., Le Conte, Y., Belzunces, L. P., & Pioz, M.
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