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Nouvelle méthode pour éteindre la fièvre d'essaimage

Depuis des millions d’années, les abeilles assurent la pérennité de l’espèce par l’essaimage. L’essaimage est un processus naturel qui a comme objectif principal de créer de nouvelles colonies saines et génétiquement variées (les mâles qui se reproduiront avec la reine vierge dans un nouveau territoire ont une autre génétique). L’apiculteur souhaite des colonies qui se développent bien et deviennent fort sans essaimer. Une colonie qui désire essaimer (fièvre d’essaimage) ne construit plus et récolte peu de nectar. La récolte d'été est souvent perdue. Comment peut-on éteindre cette fièvre d'essaimage. Une nouvelle méthode développée par la société d'apiculture de Sion (www.ApiSion.ch) est prometteuse.

L’encagement temporaire de la reine est utilisé par certains apiculteurs lorsqu’une colonie est déjà clairement engagée dans une préparation à l’essaimage. La méthode cherche à modifier profondément l’évolution démographique et spatiale du nid à couvain tout en conservant dans la même colonie la reine, les ouvrières et l’essentiel de la population adulte.

La Section d’apiculture de Sion (ApiSion) a acquis une expérience pratique favorable avec ce procédé. Il faut toutefois distinguer cette expérience de terrain d’une démonstration expérimentale : aucun essai contrôlé n’a encore isolé l’effet propre de l’encagement de celui de l’interruption de la ponte, de la suppression répétée des cellules royales, de l’évolution du couvain ou simplement du temps gagné pendant lequel la miellée, la météo et la démographie de la colonie peuvent changer.

1. Reconnaître une préparation à l’essaimage déjà engagée

La fièvre d’essaimage n’apparaît pas parce qu’un facteur unique franchirait soudainement une valeur critique. La recherche décrit plutôt une transition progressive et multifactorielle : densité des abeilles adultes, démographie du couvain, utilisation de l’espace, ressources, état de la reine, signaux liés à la reine et au jeune couvain, sensibilité des ouvrières, génétique, saison et conditions extérieures évoluent simultanément.

Les phéromones royales participent bien à la régulation de la reproduction, mais un simple modèle de « dilution » dans une colonie devenue trop grande est insuffisant. Une partie de l’information de fertilité de la reine circule par des ouvrières qui entrent en contact avec elle puis la transmettent au sein du réseau social de la colonie (Richardson et al., 2024). Des expériences antérieures montrent également que la phéromone mandibulaire royale n’agit pas seule et que la présence d’œufs et de très jeunes larves apporte une information reproductive complémentaire (Pettis et al., 1995, 1997).

Winston et al. (1991) ont par ailleurs montré qu’une source stationnaire de phéromone mandibulaire synthétique devenait moins efficace dans des colonies fortement congestionnées, alors qu’une distribution plus large conservait davantage d’effet. Ce résultat est compatible avec un rôle de l’organisation spatiale dans la circulation de l’information, mais ne démontre pas que la congestion constitue à elle seule le déclencheur naturel de l’essaimage.

Certains signes deviennent néanmoins très informatifs pour l’apiculteur lorsqu’ils apparaissent ensemble.

  • cellules royales d’essaimage contenant des larves activement nourries ;
  • forte densité d’abeilles adultes dans le nid à couvain ;
  • grandes surfaces de couvain operculé proches de l’émergence ;
  • raréfaction des cellules immédiatement disponibles dans le nid ;
  • accumulation de nectar ou de pollen dans des zones auparavant utilisées pour le couvain ;
  • diminution de la ponte et modification du comportement de l’ancienne reine ;
  • modification de l’activité de construction et de l’occupation de l’espace ;
  • évolution rapide de plusieurs de ces signes entre deux contrôles successifs.
 

Les cellules royales constituent l’un des marqueurs les plus visibles, mais leur signification dépend de leur stade. Une ébauche vide est peu informative. Une cellule contenant un œuf indique qu’une étape supplémentaire a été franchie, mais l’élevage peut encore être abandonné. Une jeune larve activement nourrie montre que la colonie investit effectivement dans l’élevage royal. Plusieurs cellules operculées associées à d’autres signes convergents correspondent en pratique à une préparation avancée.

Aucune cellule prise isolément ne représente cependant un point de non-retour universel. Des élevages royaux peuvent être commencés puis interrompus, et des cellules déjà engagées peuvent être détruites par les ouvrières (Allen, 1965).

1.1 Couvain ouvert, couvain operculé et cellules disponibles : observer une dynamique

Dans une colonie en forte croissance, l’apiculteur peut rencontrer simultanément beaucoup de couvain operculé proche de l’émergence, relativement peu de couvain ouvert et de moins en moins de cellules immédiatement disponibles. Du nectar ou du pollen peut également occuper une partie du nid à couvain.

Cette configuration mérite une attention particulière, car une grande quantité de couvain operculé annonce une nouvelle vague d’abeilles adultes alors que l’espace fonctionnel est déjà fortement occupé. Elle ne doit toutefois pas être transformée en règle selon laquelle l’essaim partirait dès que la surface de couvain operculé dépasse celle du couvain ouvert.

Les expériences classiques montrent notamment que la restriction de la seule surface accessible à la ponte n’a pas reproduit l’effet obtenu lorsque l’espace utilisable par les abeilles adultes était restreint (Simpson & Riedel, 1963 ; Simpson & Greenwood, 1975). La quantité de cellules disponibles n’est donc qu’une composante d’un état démographique, spatial et social plus large.

1.2 L’ancienne reine est progressivement préparée au vol

À l’approche de l’essaimage, l’ancienne reine n’est pas simplement « abandonnée » par les ouvrières. Sa physiologie et ses interactions avec elles se modifient progressivement. Sa masse corporelle diminue au cours de la préparation, en relation temporelle avec l’élevage des futures reines (Morse et al., 1966).

Les ouvrières modifient également l’alimentation de la reine et utilisent différents signaux physiques ou vibratoires susceptibles d’influencer son comportement et son activité reproductive (Pierce et al., 2007). Ces interactions font partie d’une transformation collective ; elles ne constituent pas un déclencheur unique démontré.

Les ouvrières qui participeront au départ se préparent elles aussi. Elles emportent notamment davantage de nourriture dans leur jabot. Cette réserve transportable est essentielle : contrairement à la colonie mère, l’essaim quitte le nid sans rayons ni réserves immobiles et doit rapidement voler, thermoréguler et construire de nouveaux rayons (Combs, 1972).

Leta et al. (1996) n’ont cependant pas observé parallèlement une augmentation généralisée du glycogène corporel ou des sucres de l’hémolymphe. Il est donc préférable de parler d’une augmentation de la réserve transportée dans le jabot plutôt que d’une accumulation massive de réserves énergétiques dans tout l’organisme.

1.3 Les cellules royales operculées signalent un stade avancé, pas une irréversibilité absolue

Lorsque plusieurs cellules royales d’essaimage sont élevées jusqu’à l’operculation et que d’autres signes convergent — diminution de la ponte, forte population, congestion du nid à couvain et préparation physiologique de l’ancienne reine — la probabilité d’un départ prochain devient élevée en pratique.

Cela ne signifie toutefois pas qu’une cellule operculée isolée constitue une frontière biologique absolue. L’élevage royal peut encore être modifié ou interrompu, et le devenir final dépend de l’état de toute la colonie.

L’essaim primaire part normalement avec l’ancienne reine fécondée, généralement avant l’émergence des jeunes reines. Après son départ, la colonie mère peut se stabiliser autour d’une nouvelle reine ou poursuivre la division par un ou plusieurs essaims secondaires. Les ouvrières participent activement à la régulation de l’émergence des jeunes reines ; le processus ne se réduit donc pas à une succession automatique de combats entre reines.

1.4 Détruire les cellules royales n’« accélère » pas nécessairement l’essaimage

La suppression régulière des cellules royales empêche le développement immédiat des reines concernées, mais elle ne démontre pas que l’état reproductif de la colonie a disparu. Tant que d’autres composantes de la préparation persistent, de nouvelles cellules peuvent être élevées.

Il n’est en revanche pas justifié d’affirmer de manière générale que la destruction des cellules royales « accélère » l’essaimage. L’effet dépend du stade, de la rigueur des contrôles et de l’évolution générale de la colonie.

C’est précisément pourquoi certaines méthodes cherchent à modifier simultanément plusieurs composantes — ponte, future émergence, organisation du couvain, disponibilité des cellules et élevage royal — plutôt qu’à agir uniquement sur les cellules royales visibles.

2. Principe de l’encagement temporaire de la reine

Le protocole testé en pratique par la Section d’apiculture de Sion repose sur l’encagement temporaire de la reine au sein du nid à couvain, généralement au moyen d’une cage de type Scalvini permettant aux ouvrières de rester en contact avec elle.

Selon le modèle de cage et sa mise en place, la reine peut disposer d’une surface très limitée pour pondre. L’effet essentiel est toutefois que la ponte libre sur l’ensemble du nid à couvain est interrompue ou fortement réduite. La production de très jeune couvain diminue alors fortement tandis que le couvain déjà présent poursuit son développement et émerge progressivement.

Après environ trois semaines, pratiquement tout le couvain d’ouvrières présent au moment de l’encagement a émergé. Le nid présente alors une structure démographique et spatiale très différente de celle du début de l’intervention.

L’encagement ne doit donc pas être interprété comme un « interrupteur » agissant directement sur la fièvre d’essaimage. Le protocole modifie simultanément plusieurs paramètres :

  • la continuité de la ponte ;
  • la quantité d’œufs et de très jeune couvain ;
  • la structure d’âge du couvain restant ;
  • les futures vagues d’émergence d’ouvrières ;
  • la disponibilité progressive de cellules dans le nid à couvain ;
  • la relation entre nourrices et larves ;
  • la physiologie reproductive de la reine ;
  • la possibilité de mener un nouvel élevage royal à terme lorsque les cellules royales sont parallèlement supprimées ;
  • et, pendant la même période, éventuellement la miellée, la météo et la densité des abeilles adultes.

La fonction ovarienne de la reine est physiologiquement plastique et peut être profondément modifiée lorsque son activité reproductive change (Aamidor et al., 2022). Dans un autre contexte, l’encagement prolongé de reines a également été utilisé pour produire une rupture contrôlée de couvain, avec des conséquences dépendant notamment de la période d’intervention (Kovačić et al., 2023). Ces travaux soutiennent la plausibilité biologique du protocole, mais ils ne testent pas directement son efficacité contre une préparation naturelle à l’essaimage déjà engagée.

2.1 Quelle durée ?

Dans le protocole pratique présenté ici, la reine reste encagée au minimum environ 14 jours. Cette durée appartient à la méthode ApiSion et ne constitue pas un seuil biologique universel.

La libération ne devrait donc pas dépendre uniquement du calendrier. L’état de la colonie doit être réévalué : présence ou absence d’un nouvel élevage royal actif, évolution du couvain, disponibilité réelle des cellules, stockage du nectar, densité des abeilles et comportement général.

Selon la situation, l’encagement peut être prolongé. Une durée approchant 21 jours correspond au temps nécessaire pour que pratiquement tout le couvain d’ouvrières présent au début du protocole ait émergé. L’impact démographique devient alors naturellement plus important, puisque la production de nouvelles ouvrières a été interrompue ou fortement réduite pendant plusieurs semaines. Si la colonie est alors effectivement dépourvue de couvain, cette fenêtre peut également être utilisée pour un traitement à l’acide oxalique contre Varroa destructor, conformément au concept suisse de lutte contre le varroa et aux conditions d’utilisation du produit choisi. L’encagement peut ainsi, selon le calendrier de conduite, associer la gestion de la préparation à l’essaimage à une interruption temporaire de la reproduction du varroa et à un traitement efficace pendant la phase sans couvain.

Il serait en revanche trop précis d’affirmer qu’un « équilibre » déterminé entre couvain ouvert et couvain operculé serait automatiquement rétabli après 14, 18 ou 21 jours. Aucun rapport numérique universel n’est démontré comme critère indiquant que la préparation à l’essaimage a disparu.

3. Procédure pratique

  1. Identifier une préparation réellement engagée. L’encagement est présenté ici comme une intervention sur une colonie déjà en préparation, non comme une mesure préventive systématique.
  2. Installer la cage. Placer une cage appropriée, par exemple une cage Scalvini, dans un cadre bâti au sein du nid à couvain, de préférence dans une zone bien occupée par les abeilles. Adapter le rayon aux dimensions de la cage.
  3. Préserver suffisamment d’espace de stockage. Si la miellée se poursuit, mettre des surfaces suffisantes à disposition afin que les cellules progressivement libérées dans le nid à couvain ne soient pas immédiatement remplies de nectar.
  4. Supprimer soigneusement toutes les cellules royales présentes. Cette étape fait partie intégrante du protocole. L’encagement de la reine seul ne garantit pas l’interruption de l’élevage royal déjà engagé.
  5. Recontrôler après environ cinq jours. Examiner à nouveau soigneusement la colonie et supprimer les éventuelles nouvelles cellules royales. Cet intervalle appartient au protocole pratique ApiSion et n’est pas une règle universelle pour toutes les méthodes de contrôle de l’essaimage.
  6. Réévaluer la colonie à partir d’environ 14 jours. Examiner le couvain restant, les surfaces devenues disponibles, les cellules royales, le stockage du nectar, la densité des abeilles et l’état général de la colonie. Prolonger l’encagement si le protocole choisi ou la situation le justifie.
  7. Libérer la reine lorsque l’ensemble des conditions est jugé favorable. La remise en ponte libre doit ensuite être suivie attentivement.
  8. Contrôler environ une semaine après la libération. Vérifier la reprise normale de la ponte, l’état de la reine et l’absence d’un nouvel élevage royal actif.
 

3.1 Ce que cette méthode cherche à préserver

L’encagement se distingue d’une division ou d’un essaim artificiel parce qu’il cherche à maintenir la reine et la population adulte dans la même colonie. Il peut donc être intéressant lorsque l’objectif est de conserver une colonie forte pour la récolte tout en intervenant sur une préparation déjà engagée.

Cette absence de réduction volontaire immédiate de la population constitue l’une de ses principales différences avec les méthodes qui retirent des abeilles ou du couvain. Elle ne garantit toutefois pas que la population future reste inchangée : toute interruption prolongée de la ponte réduit ou décale les générations d’ouvrières qui auraient normalement émergé quelques semaines plus tard.

Le moment de l’intervention par rapport à la miellée est donc important. Une interruption de ponte peut avoir un coût démographique différé tout en conservant, à court terme, une importante population adulte.

3.2 Limites pratiques

  • La méthode exige de trouver et de manipuler la reine.
  • Une cellule royale oubliée peut permettre la poursuite de l’élevage royal.
  • Une forte miellée peut entraîner l’occupation par le nectar des cellules progressivement libérées si l’espace de stockage est insuffisant.
  • L’encagement modifie la production future d’ouvrières ; le moment choisi par rapport à la miellée et aux objectifs de production est donc important.
  • La durée optimale selon le stade exact de préparation à l’essaimage n’est pas établie expérimentalement.
  • Il manque encore une comparaison contrôlée permettant de distinguer l’effet propre de l’encagement de celui de la suppression répétée des cellules royales et des autres modifications simultanées.
  • Un succès dans une colonie ou une année ne garantit pas la même réponse sous d’autres conditions de miellée, de population ou de saison.


Voir aussi :

Références scientifiques

  • Aamidor, S. E., Cardoso-Júnior, C. A. M., Harianto, J., Nowell, C. J., Cole, L., Oldroyd, B. P., & Ronai, I. (2022). Reproductive plasticity and oogenesis in the queen honey bee (Apis mellifera). Journal of Insect Physiology, 136, 104347. https://doi.org/10.1016/j.jinsphys.2021.104347
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Auteur
Serge Imboden & Claude Pfefferlé; www.ApiSion.ch
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