Prévenir l'essaimage
Prévenir l’essaimage ne consiste pas simplement à donner davantage de place à la reine ou à supprimer des cellules royales. L’essaimage est une transformation progressive de la colonie : selon le moment où l’apiculteur intervient, une même opération peut agir comme prévention, comme modification d’une préparation déjà engagée ou seulement comme moyen d’éviter la perte de l’essaim.
Les méthodes décrites ici n’ont pas toutes le même niveau de preuve. Certaines interventions précoces, notamment l’utilisation de jeunes reines, disposent d’un appui expérimental direct. D’autres — Demaree, inversion des corps, VIRDIS ou encagement temporaire de la reine — reposent surtout sur une longue expérience apicole et sur des mécanismes biologiquement plausibles. L’absence d’un essai comparatif moderne n’est pas une preuve d’inefficacité ; elle empêche surtout de chiffrer précisément l’effet, de savoir à quel stade il est maximal et d’en isoler le mécanisme.
1. Quand commence réellement la fièvre d’essaimage ?
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Le développement du couvain et de la population varie selon l’année, le climat, la miellée et la conduite ; il n’existe pas de date universelle du maximum printanier. |
La préparation à l’essaimage commence avant que l’apiculteur ne découvre les premières cellules royales occupées. La colonie passe progressivement d’un état dominé par la croissance à un état reproductif. Plusieurs variables évoluent ensemble : population adulte, démographie du couvain, espace occupé, réserves, activité de construction, physiologie de la reine et des ouvrières et réseaux d’interactions sociales.
Il n’existe pas de déclencheur universel démontré. Une colonie peut évoluer pendant plusieurs jours ou semaines avant que l’élevage royal ne devienne visible, et différentes étapes du processus peuvent encore être interrompues. Il est donc préférable de parler d’un changement progressif d’état plutôt que d’un interrupteur qui ferait soudain passer la colonie de « non essaimeuse » à « essaimeuse ».
L’ancienne explication selon laquelle le processus commencerait lorsque les mouvements de la reine deviennent limités et qu’une phéromone produite par les pattes ne serait plus suffisamment distribuée est trop simple. L’information royale ne dépend pas d’un seul « marquage » des rayons et n’agit pas comme un nuage homogène dont la concentration diminuerait mécaniquement quand la colonie grandit. Les signaux de fertilité de la reine circulent en partie par des réseaux de contacts entre ouvrières (Richardson et al., 2024). Une expérience plus ancienne montre en outre qu’une source stationnaire de phéromone mandibulaire royale synthétique devenait moins efficace dans des colonies fortement congestionnées, alors qu’une diffusion plus large conservait davantage d’effet (Winston et al., 1991). Ce résultat est compatible avec une influence de l’organisation spatiale sur la communication royale, sans démontrer que la congestion « coupe » à elle seule un réseau phéromonal.
La reine n’est par ailleurs pas la seule source d’information reproductive. La phéromone mandibulaire royale peut inhiber l’élevage de nouvelles reines, mais son effet diminue lorsqu’elle agit seule pendant plusieurs jours (Pettis et al., 1995). La présence d’œufs et de très jeunes larves apporte une information supplémentaire sur la fonction reproductive effective de la reine (Pettis et al., 1997). Ces résultats concernent surtout la régulation de l’élevage royal après manipulation ; ils ne prouvent pas que la diminution d’un de ces signaux constitue le déclencheur naturel de l’essaimage.
Les expériences classiques montrent surtout qu’il faut distinguer plusieurs phénomènes souvent confondus sous l’expression « manque de place ». La restriction de l’espace disponible pour les abeilles adultes favorisait l’essaimage, alors que la restriction des cellules accessibles à la reine pour pondre ne produisait pas le même effet (Simpson & Riedel, 1963). Une forte limitation de la seule surface de ponte n’a pas davantage provoqué l’augmentation nette de l’élevage royal qu’aurait prédite une explication simple par le manque de place pour pondre (Simpson & Greenwood, 1975).
Ces résultats ne signifient cependant pas que l’espace soit sans importance. De petites colonies autorisées à croître jusqu’à dépasser la capacité de petites ruches développèrent beaucoup plus souvent des cellules royales occupées et essaimèrent fréquemment (Simpson & Moxley, 1971). La restriction du volume total pouvait également augmenter l’élevage royal (Simpson, 1973), tandis qu’une augmentation du volume et de la ventilation réduisait la transformation d’ébauches en cellules royales ainsi que les départs dans les conditions étudiées par Lensky et Seifert (1980). À l’inverse, réduire soudainement le volume de colonies déjà développées n’augmentait pas nécessairement l’essaimage (Caron, 1981).
La conclusion est donc plus précise que « plus de place = moins d’essaimage » : l’effet dépend de ce qui est réellement limité, du moment où la limitation intervient et de l’état dans lequel se trouve déjà la colonie.
Dans la pratique, la congestion du nid à couvain, rassemble justement plusieurs de ces dimensions. Il peut associer une forte population adulte, beaucoup de couvain operculé proche de l’émergence, relativement peu de jeune couvain, une raréfaction des cellules immédiatement utilisables, du nectar ou du pollen stocké dans le nid et une modification de l’organisation spatiale. Il ne s’agit donc ni d’un mécanisme unique ni d’un diagnostic certain, mais d’un signal d’alerte intégré.
Les cellules royales doivent elles aussi être interprétées comme des marqueurs de stade. Une ébauche vide est peu informative. Une cellule contenant un œuf indique une étape supplémentaire, mais l’élevage peut encore être interrompu. Une jeune larve activement nourrie dans une cellule d’essaimage montre que la colonie investit déjà effectivement dans l’élevage royal. Plusieurs cellules operculées, associées à d’autres signes convergents, correspondent en pratique à un stade avancé. Aucune de ces observations ne constitue cependant, isolément, un point de non-retour universel (Allen, 1965).
2. Quels facteurs favorisent l’essaimage ?
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Considérer les facteurs de risque comme une configuration dynamique plutôt que comme une liste de déclencheurs indépendants. |
Aucun facteur isolé ne permet de prédire avec certitude le départ d’un essaim. Les éléments suivants peuvent toutefois modifier la probabilité d’essaimage ou aider l’apiculteur à reconnaître une configuration à risque :
- Génétique : la propension à essaimer possède une composante génétique et peut être sélectionnée. Les comparaisons européennes montrent cependant une forte interaction entre origine génétique et environnement ; un épisode isolé n’est donc pas un test génétique (Uzunov et al., 2014).
- Âge de la reine : les colonies conduites avec de jeunes reines montrent généralement moins de préparation à l’essaimage. Les essais de Forster (1969) et de Hauser et Lensky (1994) soutiennent cet effet. Une jeune reine réduit une probabilité ; elle ne rend pas l’essaimage impossible.
- Forte densité d’abeilles adultes : c’est l’un des facteurs précoces les mieux soutenus expérimentalement (Simpson & Riedel, 1963).
- Vagues importantes d’émergence : de grandes surfaces de couvain operculé peuvent rapidement augmenter la population adulte. Ce n’est pas un seuil d’essaimage, mais une composante démographique importante.
- Congestion du nid à couvain et utilisation de l’espace : stockage du nectar, construction, occupation par les abeilles, future émergence et ponte utilisent ou modifient les mêmes surfaces. Il faut donc raisonner en termes d’espace fonctionnel et d’état composite plutôt que sur la seule surface de ponte.
- Saison et miellée : dans les régions tempérées, l’essaimage reproductif se concentre généralement dans la phase de forte croissance printanière, mais la fenêtre varie avec l’altitude, le climat, la phénologie et l’année.
- Météo : plusieurs jours défavorables peuvent surtout retarder le départ de colonies déjà préparées et produire ensuite une vague d’essaims lorsque les conditions de vol s’améliorent (Henneken et al., 2012). La chaîne « mauvais temps → augmentation de densité → déclenchement de l’essaimage » reste plausible mais non démontrée.
- Nourrissement liquide important pendant une phase de forte croissance : il peut modifier le stockage et l’utilisation des cellules. Le sirop peut être déplacé et redistribué dans le nid (Free & Spencer-Booth, 1961 ; Eyer et al., 2016 ; Colin et al., 2018). Une chaîne causale directe « sirop → essaimage » n’est toutefois pas démontrée.
- Volume, chaleur et ventilation : ces facteurs peuvent modifier la construction de cellules royales et l’état de la colonie dans certaines configurations, mais ni la chaleur ni le faible volume ne constituent à eux seuls des déclencheurs universels (Lensky & Seifert, 1980 ; Caron, 1981).
3. Prévenir, modifier ou contrôler la perte ?
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Choisir la méthode d’après le stade biologique et l’objectif réel de l’intervention. |
Toutes les mesures traditionnellement appelées « anti-essaimage » ne poursuivent pas le même objectif. Trois situations doivent être distinguées.
- Prévenir l’installation d’une préparation stable : adapter suffisamment tôt l’espace fonctionnel, poser les hausses au moment approprié, utiliser de jeunes reines sélectionnées et, selon le système de conduite, prélever des abeilles ou du couvain pour former de jeunes colonies avant que l’élevage royal ne soit durablement engagé.
- Modifier une préparation déjà engagée : lorsque des larves sont activement nourries dans des cellules royales d’essaimage, l’objectif n’est plus seulement de diminuer un facteur de risque. Retrait ou redistribution d’abeilles et de couvain, division contrôlée, Demaree, VIRDIS ou encagement de la reine peuvent modifier plusieurs composantes de l’état de la colonie. Pour la plupart de ces méthodes, un véritable « reset » biologique n’a cependant pas été démontré expérimentalement.
- Contrôler la perte sans supprimer l’état d’essaimage : lorsque le départ est proche, certaines mesures empêchent surtout de perdre la reine ou l’essaim. Empêcher la perte de l’essaim n’est pas empêcher l’essaimage.
3.1 Mesures simples de prévention
Donner suffisamment tôt de l’espace réellement utilisable, poser les hausses au moment approprié et adapter le volume du nid à couvain à la force de la colonie font partie des recommandations pratiques suisses actuelles (Service sanitaire apicole [SSA], 2026). Ces mesures sont biologiquement cohérentes avec les travaux sur densité, volume et congestion, mais leur effet indépendant sur le départ naturel d’un essaim reste insuffisamment quantifié. Elles ne doivent surtout pas être réduites à « donner davantage de place à la reine ».
L’utilisation de jeunes reines bénéficie d’un appui expérimental plus direct. Forster (1969) a observé une forte réduction de la préparation à l’essaimage avec des reines élevées au printemps, tandis que Hauser et Lensky (1994) ont observé moins de cellules royales d’essaimage avec des reines plus jeunes.
La construction de cadres à mâles peut faire partie de la conduite printanière. En revanche, découper le couvain de mâles ne constitue pas une méthode anti-essaimage démontrée. Dans un essai contrôlé sur A. m. ligustica, le retrait de pupes de mâles n’a pas modifié significativement le comportement d’essaimage (Zheng Zhijiang et al., 2000).
L’ombrage ou une bonne gestion thermique peuvent être utiles dans des situations très chaudes, mais ils ne doivent pas être présentés comme une méthode universelle de prévention de l’essaimage.
3.2 Supprimer les cellules royales
La suppression des cellules royales empêche le développement des reines concernées, mais elle ne démontre pas que l’état reproductif de la colonie a disparu. Tant que plusieurs composantes de la préparation persistent, de nouvelles cellules peuvent être construites.
Il faut également tenir compte du stade des cellules supprimées. Enlever des cellules contenant à peine un œuf n’est biologiquement pas équivalent à supprimer plusieurs cellules operculées dans une colonie dont l’ancienne reine a déjà fortement réduit sa ponte et dont d’autres signes indiquent un départ proche.
Il n’existe pas de preuve générale selon laquelle casser les cellules royales « accélère » l’essaimage. Pour la pratique suisse, le SSA recommande actuellement, lorsque cette stratégie est retenue, de supprimer toutes les cellules royales d’essaimage tous les 7 à 9 jours (SSA, 2026). Cet intervalle est une recommandation de conduite et non la preuve d’un point de non-retour biologique situé à un jour précis.
3.3 Prélever abeilles ou couvain
« Prélever du couvain » peut désigner des interventions biologiquement très différentes. Retirer du couvain operculé presque sans abeilles réduit surtout la future vague d’émergence. Retirer du couvain avec ses abeilles réduit à la fois la population actuelle et la population future. Prélever principalement des abeilles adultes agit immédiatement sur la densité. Déplacer le couvain sans le retirer du Volk modifie surtout son organisation spatiale.
Cette distinction explique pourquoi il est difficile de parler d’un effet général du « prélèvement de couvain ». Radtke (2010) a testé différentes formes de retrait de couvain operculé chez des colonies d’A. m. carnica sans observer une protection uniforme contre les indicateurs d’essaimage. Le retrait du seul couvain operculé ne constitue donc pas un reset universel.
Maucourt et al. (2018) ont en revanche observé moins d’essaimage dans les colonies d’origine après formation de nuclei. Cette intervention retirait réellement une partie de la démographie de la colonie, mais l’étude n’isole pas la composante responsable de l’effet.
Pour la pratique, la question utile est donc : qu’enlève-t-on réellement — des abeilles actuelles, des abeilles futures, ou les deux ?
3.4 Clippage
Couper une partie d’une aile de la reine peut empêcher l’ancienne reine de suivre normalement le vol du Vorschwarm. Simpson (1963) a montré qu’un essaim privé d’une reine capable de voler peut revenir vers la colonie d’origine. La préparation biologique peut néanmoins persister.
Le clippage relève donc avant tout du contrôle de perte. Il peut donner du temps à l’apiculteur ou faciliter la récupération de la reine, mais il ne constitue pas une preuve que la fièvre d’essaimage a été supprimée. Forster (1971) apporte par ailleurs des données sur la tolérance technique du clippage dans les conditions étudiées, non sur sa capacité à supprimer l’état reproductif.
4. Méthode 1 : l’essaim artificiel
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Anticiper ou canaliser la division naturelle en constituant volontairement une nouvelle unité sans couvain. |
L’essaim artificiel constitue une forme de division contrôlée. À un stade avancé de la préparation, cette approche peut être biologiquement plus cohérente que de chercher à rétablir à tout prix l’état initial de la colonie : l’apiculteur anticipe une partie de la division naturelle et garde le contrôle sur la localisation, la reine et la conduite des unités produites.
Il ne s’agit toutefois pas simplement de « faire croire » à la colonie qu’elle a essaimé. Une nouvelle unité est réellement créée avec une reine et une masse d’ouvrières. Selon la variante, cela peut également modifier profondément la population et l’organisation de la colonie donneuse.
Les procédures varient selon que l’on utilise l’ancienne reine ou une nouvelle reine d’élevage, et selon que la nouvelle unité reste au même rucher ou est transférée vers un autre emplacement.
Un déroulement pratique possible est le suivant :
- Définir la reine. Utiliser l’ancienne reine de la colonie donneuse ou une nouvelle reine sélectionnée selon l’objectif de conduite.
- Constituer la population. Prélever une masse suffisante d’abeilles et les placer dans une boîte à essaim bien ventilée. La quantité dépend du format, de la saison et des objectifs ; les valeurs traditionnelles de 1 à 2 kg constituent des repères pratiques et non une constante biologique.
- Installer la reine. Lorsqu’une nouvelle reine est introduite en cage, respecter la méthode d’introduction adaptée.
- Mise à la cave éventuelle. Dans les variantes traditionnelles qui la prévoient, maintenir l’essaim artificiel au frais, dans l’obscurité et avec une ventilation importante. La durée dépend de la méthode, de la température, de la taille de l’unité et de l’emplacement futur.
- Enrucher. Installer l’essaim sur des cires gaufrées ou d’autres surfaces adaptées à la construction.
- Nourrir selon les besoins. L’alimentation dépend de la miellée, des réserves disponibles et de la taille de l’unité. Un nourrissement systématiquement abondant n’est pas nécessaire en présence d’une bonne miellée.
- Profiter de la fenêtre sans couvain. La phase sans couvain peut être intégrée au concept de lutte contre Varroa selon les recommandations suisses en vigueur (SSA, 2025).
- Contrôler la nouvelle unité. Vérifier l’acceptation et l’activité de la reine, la construction, les réserves et le développement.
- Contrôler également la colonie donneuse. La création d’une nouvelle unité ne prouve pas automatiquement que toute préparation reproductive a disparu de la colonie d’origine.
Voir également : Aide-mémoire : 1.4.2 Essaim artificiel et Aide-mémoire : 1.4.3 Essaim artificiel avec reine.
5. Méthode 2 : inversion des corps à couvain
L’inversion des corps à couvain est une pratique utilisée surtout avec des ruches divisibles hivernées sur deux corps. À la sortie de l’hiver, la grappe et le premier couvain peuvent se trouver principalement dans le corps supérieur, tandis qu’une partie importante du corps inférieur est devenue libre.
En inversant les deux corps au moment approprié, l’apiculteur replace une partie de l’espace bâti au-dessus du couvain et modifie la circulation verticale de la colonie. Une nouvelle inversion peut parfois être effectuée plus tard lorsque le couvain de l’autre corps a émergé.
Cette pratique peut :
- modifier la distribution spatiale du couvain et des abeilles ;
- rendre des cellules bâties accessibles à la croissance du nid ;
- modifier les zones de stockage et les déplacements verticaux ;
- modifier localement les densités et la circulation des abeilles.
Il serait cependant trop affirmatif d’en conclure que l’inversion prévient de manière fiable l’essaimage ou qu’un mécanisme particulier explique son éventuel effet. Son usage repose largement sur l’expérience des systèmes de ruches divisibles, alors que son effet propre sur le départ naturel des essaims a été peu isolé expérimentalement.
Voir aussi : Comprendre l’essaimage.
6. Méthode 3 : Demaree
La méthode Demaree est une pratique ancienne de contrôle de l’essaimage qui cherche à conserver une grande partie de la force de production tout en séparant spatialement la reine d’une grande partie du couvain.
Il existe plusieurs variantes. Dans un schéma classique, la reine est maintenue dans le corps inférieur avec un cadre de couvain et plusieurs cadres bâtis ou surfaces disponibles. La majeure partie du couvain est déplacée dans un corps supérieur, séparé de la reine par une grille à reine et souvent par les hausses à miel.
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Cette réorganisation modifie simultanément :
- la position du couvain ;
- la distribution des nourrices ;
- les densités locales autour de la reine et du couvain ;
- les surfaces disponibles dans la zone de ponte ;
- les flux d’abeilles entre les différentes parties de la ruche ;
- les réseaux de contacts entre reine, couvain et ouvrières ;
- la localisation future du stockage.
Dans la partie supérieure, des cellules de sauveté ou d’autres cellules royales peuvent être élevées lorsque les abeilles y reçoivent insuffisamment l’information fonctionnelle provenant de la reine. Leur contrôle constitue donc une étape importante dans de nombreuses variantes.
Il est préférable d’éviter deux explications traditionnelles trop simples :
- les abeilles du haut ne sont pas simplement incapables de « sentir » la reine ; l’information royale dépend de réseaux de contacts et de plusieurs signaux reproductifs ;
- la colonie ne « croit » pas littéralement qu’elle a essaimé. Elle a subi une réorganisation profonde de sa structure spatiale, démographique et sociale.
La méthode Demaree bénéficie d’une longue expérience apicole. En revanche, la littérature moderne ne fournit pas encore une estimation robuste de son efficacité propre stratifiée selon le stade exact d’une préparation naturelle à l’essaimage. Il est donc raisonnable de la présenter comme une méthode biologiquement plausible et largement éprouvée en pratique, mais non comme un reset expérimentalement démontré d’une préparation avancée.
7. Méthode 4 : VIRDIS
La méthode VIRDIS suit une logique différente du prélèvement démographique classique : le couvain operculé n’est pas retiré de la colonie, mais déplacé vers les hausses. Les ouvrières qui en émergeront restent donc dans la colonie de production (Colombari, 2019).
- Lorsque la colonie occupe fortement le corps et possède un couvain étendu, poser la grille à reine et les hausses prévues par le système.
- Prélever dans le corps deux ou trois cadres comportant surtout du couvain operculé et les remplacer par des cadres bâtis ou des cadres à construire. La reine doit rester dans le corps inférieur.
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- Lorsque les ouvrières ont émergé des cadres déplacés, ces cadres peuvent être redescendus et de nouveaux cadres de couvain operculé montés.
- Cette rotation peut être répétée pendant la phase de croissance selon la force de la colonie, la météo et la miellée.
- Lorsque la miellée devient importante, la conduite est adaptée aux besoins de stockage du miel et à l’objectif de production.
La méthode modifie ainsi à plusieurs reprises la localisation du couvain, la distribution des nourrices, les surfaces de ponte et de construction, les densités locales, les flux d’abeilles et l’occupation du volume. Contrairement à un retrait classique de couvain, elle cherche précisément à conserver la future population de production.
Il serait en revanche trop affirmatif de dire que le maintien d’un « rapport stable entre couvain ouvert et operculé » empêcherait à lui seul la construction de cellules royales. Aucun seuil de ce type n’est démontré.
Une vigilance particulière s’impose dans les conditions printanières suisses. VIRDIS peut augmenter rapidement le volume disponible. Lors d’un retour prolongé du froid, la partie supérieure peut devenir nettement moins occupée et l’accès fonctionnel aux réserves se dégrader. Une surveillance étroite est donc nécessaire et, si la situation l’exige, le volume peut être temporairement réduit, par exemple en retirant provisoirement une hausse peu occupée. Cette recommandation relève de l’expérience de conduite et non d’un seuil expérimentalement établi.
8. Méthode 5 : encagement temporaire de la reine
La Section d’apiculture de Sion a développé une expérience pratique avec l’encagement temporaire de la reine dans une cage d’isolement de type Scalvini. L’objectif est d’intervenir sur une colonie dans laquelle la fièvre d’essaimage est déjà clairement engagée tout en conservant la reine et l’essentiel de la population dans la même ruche.
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L’encagement modifie simultanément la ponte, la production de très jeune couvain, les futures vagues d’émergence, l’utilisation des cellules et la physiologie reproductive de la reine. Aamidor et al. (2022) montrent que la fonction ovarienne de la reine est plastique, tandis que Kovačić et al. (2023) montrent, dans un autre contexte, qu’un encagement prolongé peut produire une rupture de couvain contrôlée dont les conséquences dépendent du moment de l’intervention.
Ces études ne testent cependant pas directement le protocole ApiSion comme traitement d’une préparation naturelle à l’essaimage déjà engagée. Elles fournissent une base physiologique à sa plausibilité, mais ne démontrent pas qu’une cage Scalvini « éteint » à elle seule la fièvre d’essaimage.
Au fil des jours, le protocole peut modifier plusieurs composantes de la congestion du nid à couvain : le couvain existant vieillit puis émerge, la production de nouveau couvain est fortement limitée, des surfaces se libèrent, la prochaine vague d’émergence change et l’élevage royal visible est interrompu par la suppression des cellules. Il est donc biologiquement plausible que la trajectoire globale de la colonie soit modifiée.
Voir également : Nouvelle méthode pour éteindre la fièvre d'essaimage.
Il n’existe donc pas une méthode universellement « meilleure » contre l’essaimage. Plus l’intervention est précoce, plus elle peut agir sur les conditions qui rendent la transition reproductive probable avant que celle-ci ne soit stabilisée. Plus la préparation est avancée, plus une intervention doit tenir compte du fait que la colonie a déjà modifié sa démographie, la physiologie de sa reine et de certaines ouvrières, ses ressources et son organisation sociale.
À un stade avancé, contrôler délibérément la division peut parfois être plus cohérent biologiquement que chercher un « reset » dont l’existence n’est pas démontrée.
Voir aussi :
- L’essaimage en pratique : prévenir, contrôler et valoriser
- Nouvelle méthode pour éteindre la fièvre d'essaimage
- Aide-mémoire : 4.7.5. Gestion de la fièvre d’essaimage
- Comprendre l'essaimage
- Les cellules royales
- Création de jeunes colonies
- Varroa : la rupture de couvain
Références
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